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dimanche 24 juin 2012

Paul Krugman: End this depression now!

Krugman

Le retour du keynésianisme.

Un consultation du blog econoclaste a attiré mon attention sur le nouveau livre de Paul Krugman paru en anglais sous le titre 'End this depression Now!'. La sortie en français est attendue en septembre.

Je viens de terminer cet ouvrage, et je peux témoigner du fait qu'il est excellent. Je ne suis pas un habitué des livres d'économies, il est vrai...

C'est un de ces livres qui, quand on le repose, nous donne l'impression de lieux comprendre le monde qui nous entoure. Et en même temps, tout y est clair et simple, sans jargon. En lisant ce livre, j'ai pensé à cette citation d’Einstein: 'Si vous ne pouvez pas l'expliquer à un enfant de 6 ans, c'est que vous le comprenez pas vous-même', et je me suis dit que pouvoir passer en revue les grands sujets de l'économie avec autant de limpidité nécessitait une grande maitrise...

Néanmoins, ce livre, qui est plutôt desservi par un titre un peu racoleur, est une charge et un pamphlet contre les écoles de pensée économique néo-libérale et contre les conservateurs américains. L'auteur prend parfois le ton du partisan, cela n’enlève rien à la force de ses propos, mais cela restreint forcément son audience... Ou peut-être est-il vain d’espérer que le débat sur l'économie ne soit pas emprunt d'une grande part d'idéologie ?

Car le keynésianisme est en opposition totale avec le libéralisme économique, et ces deux idéologies luttent depuis 50 ans dans l'antichambre du pouvoir des États-Unis. Aujourd'hui ce débat s'est déplacé en Europe, ou l’Allemagne souhaite imposer l'austérité dans un cycle de dépression,  alors que la France et les autres pays du sud de l’Europe souhaitent un plan de relance. Nulle doute que cet ouvrage va apporter des munitions à tous ceux qui soutiennent le plan de relance.


La thèse du livre.


Pour moi le livre est d'une grande nouveauté, car les économistes que je connais le plus sont ceux qui ont travaillés sur la mécanique des prix des marchés. Des gens comme Fama, Merton & Black, Sharpe, Schiller. J'avais plutôt délaissé la macro-économie, et des auteurs comme Keynes, Minsky ou Friedman. Ce livre est intéressant car il met en lumière le passage de certains concepts de la finance vers l'économie. Par exemple, l’efficience des marché, une hypothèse nécessaire pour pricer les options, a pu être utilisé pour dé-réguler les marchés. Pour moi, l’efficience des marché était juste une simplification nécessaire pour le calcul d'une formule. Mais certains ont essayé d'étendre cet hypothèse à l'économie réelle. Dans leur pensée: Si les marché sont efficients, pourquoi intervenir ?

Et c'est bien là, le point principal du livre. Il s'agit d'un plaidoyer pour  l'interventionnisme d'état, pour un New-New Deal.

Pour cela, il évoque d'abord le spectre de Keynes en parlant de l'emploi et du chômage. Puis il commence un plaidoyer pro domo pour remettre en place les partisans du libéralisme économique. Ce faisant, il explique pourquoi l'inflation, attendue à la hausse depuis plusieurs années, a baissée. Il parle aussi de la dette et du sentiment des investisseurs. Puis il se penche sur l'Europe, pour finalement conclure par les actions qu'il souhaite voir le gouvernement mener.

Le chômage.


La crise de 2008 a remis le chômage au cœur des débats. Or, selon la doxa classique et néo-libérale, le chômage est essentiellement une question de... choix.

Si le chômage existe d’après les économistes classiques, c'est que les prix ayant baissé suite à la chute de la demande, les salaires eux, restent élevés car il ne sont pas aussi flexibles que les prix. Selon cette analyse, le poids du chômage repose sur les épaules des salariés.  En baissant leur prétentions, les salariés mettraient un terme au chômage. Les salaires doivent suivre l'équilibre des prix. Dans cet optique, toute forme de salaire minimal légal est vu comme une entrave. Si on maintiens artificiellement les salaires à des niveaux élevés, le nombre d'emploi sur le marché est forcément réduit.

Dans un pays fortement dé-régulé comme les Etats-Unis, nombre sont les avocats d'une réduction des salaires pour réduire le chômage. De la même manière les chomeurs sont accusé de choisir le chômage pour vivre de leur allocation, par paresse donc. Paul Krugman, raconte d'ailleurs à ce titre une anecdote intéressante. En Octobre 2011 , des membres du Chicago Board of Trade ont répondu à des manifestants pour la réduction des inégalités en les bombardant de formulaires d'embauche de Mc Donald. Il s’avère que cette année la, Mc Donald avait ouvert 50 000 postes auxquels avait postulé approximativement... 1 million de postulants !

A cette approche, Paul Krugman oppose la perspective de Keynes. Si le chômage est la, c'est parce que:
  1. La consommation des états, des entreprises et de particuliers stoppe net suite à la crise.
  2. La chute de la demande incite les entrepreneurs à réduire leurs investissements, voire à fermer leurs centres de productions.
  3. Les licenciements réduisent d'autant la demande. et le cycle vicieux s'enclenche.
Pour résoudre ce problème, les keynésiens recommande une intervention de l'état. Or cet approche est contrée par la Say's Law ou loi de Say (Jean-Baptiste Say). Celle-dit en gros, que si l'état investit dans l'économie, cet argent frais aura au préalable été prélevé en impôts, ce qui en fait une action à somme nulle...

Pour répondre à cet argument, Paul Krugman évite le débat, et laisse de coté dans cet ouvrage la justification mathématique pour parler d'un exemple réel, que je vous laisse découvrir. Clairement, la question mérite d'être approfondie mais cela est laissé par l'auteur au soin d'un autre ouvrage...

L'inflation

Autre point intéressant de l'ouvrage: son traitement de l'inflation.  De nos jours, l'inflation est vue comme un ennemi global qui mange notre pouvoir d'achat. Mais Paul Krugman choisit d'y voir autre chose. Pour lui, l'inflation a une utilité économique car elle réduit la charge de la dette.

Si je m'endette aujourd'hui, la somme que je paierai demain pour rembourser cette dette sera effectivement réduite par l'inflation. Le paiement que je ferais pour rembourser ma dette n'en sera que plus petit quand tout les prix et mon salaire auront augmentés.

Or la société américaine est endettée jusqu’à l'os, à commencer par l'état américain. Mais cette dette excessive se retrouve partout et à tout les niveaux: les particuliers sont surendettés, les banques sont surendettées, la Grèce est surendettée. Face au deleveraging décrit par Hyman, PK oppose l'impact de l'inflation. Pour lui, la cible ne devrait pas être 2% comme tous les états le recherche actuellement, elle devrait être de 4%.

Ici le raisonnement est clair, et je souscris aux conclusion de PK, mais je peux m’empêcher de pointer le fait que les populations les plus faibles actuellement  (Chomeurs, retraités) sont celles qui sont en générale les plus affectées par l'inflation....


Et bien d'autres sujets...


Je pense que le rôle de ce blog n'est pas forcément de détailler tout le contenu du livre, et donc je laisse le soin à d'autres, qui auront pris de notes pendant leur lecture, de disséquer cet ouvrage. Néanmoins, je ne peux que vous enjoindre de le lire. C'est une bonne lecture, qui devrait être partagée, car je pense, en paraphrasant Clemenceau, que l'économie est une chose trop sérieuse pour être confiée au seuls économistes...

2 commentaires:

  1. Je n'ai toujours pas eu le temps de lire ce livre car il me semblait en retard conceptuellement de 15 ans par rapport à ses confrères économistes français. Et voilà que notre cher Emmanuel Todd a déjà résumé à sa manière les dernières "découvertes" de cet éminent chercheur :
    "L'émergence de Paul Krugman et de Joseph Stiglitz en grands prêtres de la relance budgétaire, en penseurs cultes de la gauche française, est pathétique : ils sont eux-mêmes paumés, au cœur des contradictions de l'économie américaine, paralysés par leur incapacité à affronter clairement la question du libre-échange. J'ai réalisé en les lisant cet été à quel point une certaine pensée économique de gauche était au bout du rouleau. Ces deux icônes à la peinture encore fraîche avaient gagné leurs Nobel en consacrant leurs belles années de recherche à «résoudre» quelques-unes des milliers d'absurdités engendrées par la rationalité schizophrène de l'«Homo economicus» : asymétries d'information pour Stiglitz, rendements croissants du commerce extérieur par acquis technologique pour Krugman. Or, aucun financier américain n'aura jamais besoin de Stiglitz pour entuber un emprunteur, aucun chef d'entreprise allemand n'aura besoin de Krugman pour entuber un haut fonctionnaire français. Ces deux tocards nobélisés - je pastiche à dessein le style méprisant de Krugman - font aujourd'hui une deuxième carrière en vulgarisant le keynésianisme qu'ils ont appris à la fac. Ils nous disent ce qu'ils auraient dû savoir depuis toujours : l'insuffisance tendancielle de la demande mondiale. Ils oublient soigneusement la conversion de Keynes au protectionnisme. "
    Sanglant de la part de notre E.T. national :D

    http://www.marianne.net/Emmanuel-Todd-Dans-cinq-ans-Hollande-sera-un-geant-ou-un-nain_a223466.html

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  2. Dommage que todd fasse paraitre autant de jalousie, cela nuit à son propos...

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